Oikonomia. Gouverner les pratiques quotidiennes

Et si "l’économie" n’existait pas ? On se propose dans ce séminaire de mettre en suspens notre croyance en l’existence d’un univers propre qui serait « l’économie » ou « l’économique » (distinct du « politique », du « religieux », du « culturel ») en explorant d’autres modes de description des pratiques.

Oikonomia. Gouverner les pratiques quotidiennes

Benoît de L’Estoile, directeur de recherche au CNRS, professeur à l’ ENS & Emilia Schijman, chargée de recherche au CNRS, CMH

S1S2, 9 ECTS

Le terme grec « oikonomia », origine étymologique de notre terme « économie », souvent traduit par « économie domestique », recouvre un ensemble de pratiques qu’on peut traduire par « gouvernement de la maison » et « soin de la maison », par contraste chez Aristote avec politiké, désignant ce qui relève du gouvernement de la cité. Plus exactement, il s’agit du « gouvernement de l’oikos », terme qui renvoie à la maison, à la famille (incluant les dépendants et esclaves), au domaine, voire au « patrimoine ». En s’appropriant ce terme dans une nouvelle acception, on se propose d’en faire une notion exploratoire des pratiques visant non seulement à assurer la « vie » (au sens de « gagner sa vie » (making a living) mais aussi à viser un idéal de « vie bonne » ou « vie digne ». Ainsi, la notion d’oikonomia permet d’aborder ce qui est en jeu dans le « gouvernement de la maison » et le « soin de la maison » : l’importance d’être « maître » ou « maîtresse » de maison (en étant sensible aux enjeux de genre), les modes de conciliation entre désir d’autonomie (familiale et individuelle) et nécessité d’assurer la protection, la dimension affective et les relations de pouvoir, le maintien de la reconnaissance par les autres comme une « personne bonne » (la « politique de la réputation »). Oikonomia peut fournir un cadre analytique pour décrire et interpréter autrement un ensemble de pratiques quotidiennes, généralement décrites comme « économiques », à partir du point de vue du « gouvernement », dans un grand nombre de situations historiques ou contemporaines. On interrogera en particulier les façons dont les transformations des espaces de contraintes et d’opportunités et la diversité des cadres de référence des acteurs contribuent à définir les pratiques. La dimension résolument ethnographique de cette entreprise correspond à un point de vue privilégiant les conceptions natives (celles de nos interlocuteurs sur le terrain).

Les animateurs du séminaire réalisent des enquêtes en Argentine, au Brésil, en France, dans une perspective comparative ; seront présentées des enquêtes réalisées sur les divers continents, et à différentes échelles.

Ce séminaire est associé au projet « Oikonomia. Une anthropologie politique de la maison », financé par le Fonds de la Recherche du Labex Tepsis.

Chaque séance s’appuie la lecture préalable de textes, classiques ou de recherches en cours.

 

validation du cours : assiduité complète et TRAVAIL PERSONNEL

Mercredi 10h-12h30, ENS Jourdan. SAlle R3-35.

1) 08 novembre : Introduction : gouverner les pratiques quotidiennes, gouverner l’incertitude

Benoît de L’Estoile & Emilia Schijman, avec la participation de Susana Narotzky (Université de Barcelone), responsable du projet ERC Grassroots economics, professeur invitée à l’ENS

2) 22 novembre : Incertitudes, orientation vers l’avenir, attentes :

3) 06/12 : Incertitudes, droit et pluralisme normatif

 
4) 13/12 : Gouverner la maison. Normes bureaucratiques et pratiques quotidiennes
 

5) 17/01 : "La crise" comme transformation de l’espace de contraintes et d’opportunités, avec Mariano Perelman, CONICET, Université de Buenos Aire
 

6) 31/01 : Gouvernement de soi : normes et « conduite de vie »chez Max Weber (avec Claude Didry, CMH)

Les séances suivantes sont en cours de finalisation. Le programme complet sera présenté mercredI

 

Toute personne intéressée par le séminaire, écrire à benoit.de.l.estoile[ at] ens.fr ou Emilia. Schijman [ at] ens.fr

 page Facebook : Anthrop’ENS